
Jacques Grieu * France
VERS A SOI SOI-DISANT
Il n’est meilleur ami que son petit soi-même ;
Charité ordonnée, commence quand on s’aime.
Qui ne vit que pour soi est bien mauvais apôtre,
Mais se trompe soi-même avant de tromper l’autre.
« Honni soit qui y pense » est devise incomplète,
Et peut tout signifier pour un bon exégète ;
Dévots ou pudibonds à part soi, se le disent,
Rêvant de jarretières ou d’autres paillardises …
C’est à l'ombre de soi, en voyage intérieur
Que des traits de génie parfois éclosent en fleur.
Savoir creuser en soi, en extraire le meilleur
Et se mettre en émoi est un art salvateur.
Qu’on soit blanc, qu’on soit noir, il faut qu’on soit un homme ;
Tout cela va de soi. Et jaune, c’est tout comme.
Que l’ombre soit tordue, peu chaut si l’homme est droit,
Qu’il soit pauvre quidam ou soit un très grand roi.
La « route de la soie », vieux chemin de la Chine,
Est porte d’épopée aux voies très clandestines.
Soie fermée, soie ouverte est sort de toute porte !
Soi-disant pure soie, sa légende transporte.
Pouvoir parler de soi est le plaisir suprême.
Il y faut l’empathie : surtout envers soi-même.
Dans la science de soi, tous nos savoirs s’émoussent.
On vit chacun pour soi, pourtant ! Et Dieu pour tous !
Se trop copier soi-même est des plus dangereux,
Et revenir à soi est un jeu pernicieux.
Mourir est l’occasion de parler de soi-même.
Et l’infatué de soi y voit plaisir suprême.
Dans les cas difficiles, il faut « pendre sur soi ».
Soit ! Mais prendre … prendre quoi ? Est-ce question de... poids ?
On ne croit pas le vrai mais ce qu’on veut qu’il soit :
La nature a voulu que ce soit notre loi.
